Parachat  CHELA’H LEKHA

Parachat  CHELA’H LEKHA

         « Moché nomma Hochéa bin Noun, Yéhochoua » (Bamidbar XIII, 16). Rachi explique qu’en rajoutant à son prénom la lettre « Yod » précédant la lettre « Hé », il pria en sa faveur : « afin que l’Eternel, Yah (Yod-Hé), te préserve (Yochiakha) du complot des explorateurs ». Quant à Caleb ben Yéfouné, il se rendit à Hévron sur le tombeau des patriarches, pour y prier pour lui-même. Ils seront, les deux seuls, à se démarquer des autres explorateurs, et à encourager le peuple à rentrer en Terre promise.

        Les commentateurs s’étonnent : pourquoi Moché n’a-t-il pas prié aussi pour Caleb, et pour tous les autres explorateurs?

                  Le Targoum Yonathan ben Ouziel, sur ce verset, dit que Moché remarqua l’humilité de Yéhochoua ; c’est pourquoi il pria en sa faveur. Mais à quelle humilité le Targoum fait-il allusion ici ? C’est lorsqu’Eldad et Médad prophétisaient dans le camp, disant « que Moché allait mourir et que c’est Yéhochoua qui les fera entrer en Terre d’Israël ». Il demanda alors :« Mon maître Moché, empêche-les » (Bamidbar XI, 28)ne voulant pas entendre de tels propos, car il était prêt à renoncer à ce poste de dirigeant du peuple d’Israël, afin de garder la présence de son maitre.

                  C’est pourquoi certains commentateurs pensent que Moché craignait que son élève ne se laisse influencer par les autres explorateurs et en vienne à fauter, « léchém chamayim ». Sachant que Moché ne traverserait pas le Jourdain et que c’est lui, Yéhochoua qui accompagnerait les enfants d’Israël en Terre promise, il ne souhaiterait pas être si vite privé de son maitre. Dans cette louable intention, il serait prêt à fauter et à dire du mal de la Terre pour retarder l’entrée du peuple en Terre sainte et prolonger la présence de son Rav.

                Moché pria donc pour qu’il soit épargné d’une telle tentation. S’il n’a prié que pour lui, c’est que le mauvais penchant qui séduit l’homme en lui faisant croire qu’une telle attitude est louable, qu’elle est lechem chamyim, bien que fautive, ce mauvais penchant là est beaucoup plus difficile à vaincre que celui qui nous pousse à faire simplement une mauvaise action.

                Certains auteurs expliquent (voir le Chlah Hakadoch), que Moché appréhendait que Yéhochoua, représentant la tribu d’Ephraïm, et descendant de Yossef, n’ait une conduite analogue à celle de Yossef, qui « débitait sur leur compte (de ses frères) des médisances à leur père » (Béréchit XXXVII, 2). Mais dans cette hypothèse, il est surprenant qu’il n’ait pas aussi prié pour Gadi ben Soussi qui était le représentant de la tribu de Ménaché, et lui aussi un descendant de Yossef.

                  Le Hafetz haïm rectifie cette interprétation, en nous précisant, que la prière de Moché n’était pas (comme on aurait cru comprendre) afin que Yéhochoua ne tombe pas dans le piège des explorateurs et qu’il en vienne à dire, lui aussi, du lachon harah, de la médisance, sur cette terre promise, mais au contraire pour le protéger d’une éventuelle agression de la part des explorateurs. Car Yéhochoua avait une conduite très différente de celle de Caleb. Il était franc et direct. D’ailleurs, à son retour, il afficha clairement son opposition, de manière frontale, au péril de sa vie. C’est pourquoi Moché avait peur pour lui et en appela au préalable à la miséricorde et à la protection divine.

                  Caleb, par contre, était plus réservé. Il utilisa différentes excuses pour expliquer le fait qu’il ne rapportait pas de fruit, et  pourquoi il était parti en pèlerinage, à la Maarat hamakhpéla, sur les tombes des Patriarches. Il cachait ses véritables intentions comme le rapporte Rachi (verset 13). « Caleb fit taire le peuple soulevé contre Moché », en donnant l’impression qu’il allait dénigrer Moché, puis profitant du silence « approbateur », il révèle sa véritable opinion « et dit : Montons, montons-y et prenons-en possession, car certes nous en serons vainqueurs » (Bamidbar XIII, 30). Puis encore : « Le pays que nous avons parcouru pour l’explorer, ce pays est bon, il est excellent » (Id. XIV, 7).

       Chabbat Chalom Oumévorakh